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Hindi

Histoire

🇮🇳 Hindī : Du Sanskrit aux 600 Millions de Locuteurs

Histoire d'une langue nourrie par le Sanskrit, l'arabe et le persan, socle de l'Inde moderne

1. Les Racines Indo-Aryennes et le Sanskrit (1500–500 av. J.-C.)

Le hindi appartient à la branche indo-aryenne de la famille indo-européenne. Son ancêtre le plus ancien est le Sanskrit Védique, langue sacrée des hymnes du *Rig-Véda* (composés vers 1500 av. J.-C.). Le Sanskrit Classique, codifié au IVe siècle av. J.-C. par le grammairien Pāṇini dans son chef-d'œuvre l'*Aṣṭādhyāyī* (8 chapitres, 3959 sūtras), est l'une des descriptions linguistiques les plus exhaustives jamais réalisées dans l'Antiquité. Le Sanskrit ne deviendra jamais une langue morte au sens latin du terme : il restera langue de culture, de liturgie et d'enseignement en continu jusqu'à aujourd'hui. Le hindi hérite de ce fond sanscrit environ 50 % de son vocabulaire de base.

2. Le Prākrit et l'Apabhraṃśa : le Latin Vulgaire de l'Inde (500 av. – 1000 ap. J.-C.)

À côté du Sanskrit, les langues populaires — les *Prākrit* (littéralement : naturel, non cultivé) — se développent. Ce sont ces langues que les marchands, les soldats et les bouddhistes utilisent dans leur vie quotidienne. Māhārāṣṭrī, Māgadhī, Ardhamāgadhī — chaque région a son Prākrit. Entre 600 et 1000 ap. J.-C., ces Prākrit évoluent vers des formes encore plus populaires appelées *Apabhraṃśa* (dégradé, corrompu), formes intermédiaires dont descendent directement toutes les langues indo-aryennes modernes : hindi, ourdou, bengali, pendjabi, marathi, gujarati, népalais. Le mot *Khari Boli* (langue dressée), qui deviendra le Hindi/Ourdou, émerge de l'Apabhraṃśa de la région de Delhi.

3. L'Influence Persane et l'Ère Moghole (1206–1857)

L'arrivée des sultanats de Delhi (1206) puis de l'Empire moghol (1526–1857) introduit massivement le persan et l'arabe comme langues de cour et d'administration. C'est dans ce contexte que naît l'*Hindoustani* — un idiome de contact combinant le vocabulaire de base du Hindi Khari Boli avec une grammaire simplifiée et des emprunts abondants au persan et à l'arabe. Les grands poètes de cette époque, comme Amir Khusrow (1253–1325), écrivent dans cet Hindoustani ou *Rekhta* (mélange). Le persan apporte des centaines de mots courants : *aawāz* (voix), *zamīn* (terre), *kitāb* (livre), *dukān* (boutique), *rang* (couleur).

4. La Bifurcation Hindi–Ourdou : religion et alphabet (XIXe siècle)

Au XIXe siècle, une controverse linguistique majeure émerge dans le sous-continent. La même langue vernaculaire — l'Hindoustani — se voit revendiquée sous deux formes : le *Hindi*, écrit en alphabet Devanāgarī et purifié en puisant au Sanskrit pour son vocabulaire savant, et l'*Ourdou*, écrit en alphabet nastaliq (dérivé du persan-arabe) et enrichi de termes persans et arabes. Les frontières ne sont pas linguistiques mais religieuses et politiques. La décision de 1881 dans la province du Nord-Ouest de promouvoir le Hindi comme langue officielle à la place de l'Ourdou crée une fracture communautaire durable. Les deux langues restent mutuellement intelligibles à l'oral.

5. Hindi, Langue du Mouvement d'Indépendance (1885–1947)

Gandhi et Nehru voient dans l'Hindoustani (ou Hindi) le potentiel d'une *rāṣṭrabhāṣā* (langue nationale) capable de dépasser les barrières régionales. Le Congrès national indien adopte l'Hindoustani comme langue de travail. Des écrivains comme Premchand (1880–1936) publient dans un Hindi populaire et réaliste — ses nouvelles *Godan* et *Nirmala* touchent les masses rurales. L'hindoustanification progressive de la langue (mélange de registres) coexiste avec une tendance à la sanskritisation dans les milieux éduqués. La partition de 1947 consacre définitivement la séparation Hindi (Inde)/Ourdou (Pakistan) comme symboles nationaux, malgré leur proximité orale.

6. Le Hindi Comme Langue Officielle (1950–1960)

La Constitution indienne de 1950 proclame le Hindi en écriture Devanāgarī comme langue officielle de l'Union à côté de l'anglais (qui conserve ce statut jusqu'à aujourd'hui). L'article 343 précise que l'anglais restera utilisé pendant 15 ans. Les États du Sud (Tamil Nadu, Kerala, Karnataka, Andhra Pradesh) s'opposent vivement à toute imposition du Hindi — leurs langues dravidiennes (tamoul, telugu, kannada, malayalam) ont leur propre tradition millénaire. Les émeutes anti-hindi de 1965 au Tamil Nadu font plusieurs morts et convainquent le gouvernement d'abandonner tout projet de substitution. L'anglais reste co-officiel indéfiniment.

7. Bollywood et la Langue de la Culture Populaire (XXe–XXIe siècle)

L'industrie cinématographique de Bollywood (Mumbai) est le plus grand vecteur mondial de diffusion du Hindi contemporain. Avec plus de 1800 films produits par an, elle atteint des audiences planétaires en Asie du Sud, au Moyen-Orient, en Afrique subsaharienne et dans la diaspora. La langue de Bollywood est un Hindi populaire, librement mélangé à l'Ourdou et à l'anglais — le phénomène sociolinguistique *Hinglish* (Hindi + English) qui caractérise les milieux urbains. Des émissions comme *Kaun Banega Crorepati* (QUI veut gagner des millions ?) ont standardisé un registre médiatique national. YouTube et les plateformes de streaming amplifient aujourd'hui ce rayonnement.

8. Le Hindi Aujourd'hui : Défis et Vitalité (XXIe siècle)

Le Hindi est la 3e langue du monde par nombre de locuteurs natifs (environ 530 millions) et la 2e par nombre total de locuteurs (plus de 600 millions en L1+L2). Il est langue officielle de l'Union indienne et de 9 États. La question de la standardisation reste complexe : le *Shuddha Hindi* (Hindi pur, très sanskritisé) coexiste avec le Hindi urbain mélangé et les dialectes régionaux (Braj, Awadhi, Bhojpuri — ce dernier ayant plus de locuteurs que le français). Les défis actuels : alphabétisation et enseignement dans les États hindi-phones, compétition de l'anglais dans les espaces professionnels, et la question des droits des langues régionales dans la politique nationale.